Street Art à Erevan

La meilleure façon de connaître une ville c’est de s’y perdre. J’aime marcher en ville, parfois pour aller quelque part, souvent pour aller nulle part. Yerevan est un terrain de jeu idéal pour les explorateurs urbains. La capitale arménienne est étendue. Le centre ville renferme de nombreuses cours intérieures dans lesquelles il est aisé de se perdre.

Je me souviens de mes premières minutes à Erevan. Le taxi au pare-brise fêlé me conduit dans une ville déserte, fantomatique. Les bâtiments soviétiques et les trottoirs défoncés sculptent le paysage urbain. Quelques peu refroidi par cette première impression, je décide de me faire violence et d’appliquer l’un des nombreux préceptes que mon père m’a enseigné «ne pas aller trop vite en besogne».
Le temps passe et j’apprends à découvrir cette ville et cette vie qui se dévoile à ceux qui en ont l’envie. L’unes des principales choses qui m’ont fait aimer cette ville ce sont ces nombreuses oeuvres de street art qui ornent les murs.

Avant de partir pour l’Arménie j’avais eu vent des nombreux changements sociaux induit par la révolution de 2018. Sur le terrain, je me suis très vite rendu compte que la récente révolution ne se limitait pas qu’à de simples changements de régimes, mais plus fondamentalement à un changement d’état d’esprit dans la population arménienne. Une sorte de réconciliation entre une jeunesse prometteuse et un avenir tendant à s’éclaircir.

Le foisonnement d’oeuvres de street art à Yerevan doit être mis en lien avec les changements sociétaux qui ont eu lieu ces 2 dernières années. Il est possible de voir le développement de cette forme artistique comme la réappropriation de l’espace public par les citoyens. La révolution qui s’est récemment opérée en Arménie est une révolution populaire et pacifiste ayant pour objectif de mettre fin à l’oligarchie en place. Il est trop tôt pour juger de la réussite de ladite révolution. En revanche, il est aisé de voir que les Arméniens se sont réappropriés leur pays de manière sereine presque naturelle. Les murs des bâtiments soviétiques se sont transformés en tribune pour le mouvement contestataire.

Street art by MAX AVC  street art by Max_AVC

Le mouvement du street art se densifie et se structure autour de nombreux évènements et festivals tout au long de l’année. Pour exemple le festival Urvakan de début mai octroie une visibilité à de nombreux artistes de la scène alternative. Le concept de ce festival est la réhabilitation de sites abandonnés par des artistes internationaux. Ce genre d’événements permet au street art de sortir de son illégalité substantielle, et lui donne la possibilité d’acquérir une certaine légitimité face aux formes d’expressions artistiques dites traditionnelles.

Pendant plus de 6 mois j’ai vécu au nord du centre ville à proximité d’un quartier emblématique de Erevan : Kond. Le quartier de Kond est l’un des plus ancien quartier de Yerevan. Situé sur une colline a l’extérieur de l’hyper-centre (Kentron). Le quartier est marqué par l’aspect chaotique de son architecture et demeure l’un des symboles de la ville. C’est dans ce quartier iconique que le street artiste yerevantropics a décidé de fonder la Kond Gallery, véritable «Galerie à ciel ouvert» pour street artiste de tout horizon. Cette galerie nous offre une perspective intéressante entre libre expression artistique et vie quotidienne erevanaise. Le quartier qui n’est pas le plus touristique de la ville mérite d’être découvert bien loin des grandes allées propres et des cafés du centre ville.
Street art by Max_AVC  Max in Yerevan-armenian volunteer corps

Un individu est à l’origine de cette initiative : Sereg Navasardyan aka yerevantropics. Avec son style reconnaissable entre mille et ses oeuvres parfois minimaliste, il apparait comme le leader du street art à Yerevan. On peut retrouver ses oeuvres disséminées dans toute la ville. Et les promenades dominicales dans le centre ville se transforme vite en chasse au trésor en quête du dernier travail de l’artiste.

En somme il semblerait que Yerevan tende à se «coolifier». La culture underground se densifie et se structure. À la manière de Berlin dans les années 90’, Yerevan essaie de devenir une place forte pour les arts nouveaux dans une région géographique à enjeu. Ici, dans le Caucase il est une guerre silencieuse. Une guerre qui ne fait pas de victimes, mais qui demeure une guerre primordiale. Cette guerre c’est celle que se livre la ville de Tbilissi capitale Géorgienne et Yerevan capitale Arménienne. L’unes de ces deux villes est en passe de devenir LA ville de référence de la culture underground dans le Caucase. Sans doute influencé par mon experience arménienne j’aurais tendance a mettre une pièce sur Yerevan qui apparait comme plus singulière. Quoiqu’il en soit, il est certain que Yerevan est dotée d’une atmosphère particulière, une atmosphère qui ne peut pas être racontée mais quit se doit d’être vécue.

Par Maxence Rogard
France, 2019

 

09/23/2019