JE VOULAIS ETRE ENTOUREE D’ARMENIENS

Blanche Myiriam Shahbaghlian, citoyenne de France, du Canada et du Royaume Uni a 64 ans. Avec une expérience de 35 ans, elle est spécialiste de la consultation et de l’enseignement dans le domaine de la santé sociale. Blanche a fait du volontariat en Arménie avec AVC pour 3 semaines à l’ONG Real People Real World. Cette expérience a changé sa vie.
Je m’appelle Blanche Myriam Shahbaghlian et je suis du Canada. J’ai une maitrise en psychologie et une en éducation. J’ai travaillé dans les services de santé mentale ou j’ai géré des programmes divers.  Mes racines arméniennes viennent du coté de ma mère ; je suis « Vanetsi » (de Van).  C’est pourquoi j’ai profondément ressenti mes racines arméniennes au cours de ma vie, surtout à travers la musique, ainsi que l’histoire juive. 
J’ai toujours voulu contribuer quelque part et c’est pourquoi j’ai fait du volontariat.  J’ai choisi l’Arménie parce que je voulais être entourée d’arméniens. J’ai jadis vécu à Jérusalem, dans le quartier Arménien, et ai été entourée d’arméniens pendant les vacances d’été en tant qu’enfant, chez mes grands-parents, au sud de la France. Mais je n’ai jamais été vraiment plongée uniquement dans la culture arménienne. J’ai donc contacté AVC, une organisation intéressante et fluide qui prends vraiment soin de ses volontaires et qui fait son travail avec sérieux. 

Je ne savais pas à quoi m’attendre. Je m’attendais à être plongée dans l’inconnu. Quoique je m’attendais aussi un peu à être plongée dans une culture semblable à celle de ma famille arménienne.
A présent, je développe des questionnaires dans le but d’identifier si les gens qui ont le VIH ou le CIDA rencontrent la discrimination dans les services médicaux en Arménie. 
Je trouve que le peuple arménien, en général, est un peuple généreux, sensuel, émotif, qui vient essentiellement du cœur. Ma maman avait ces qualités et je n’ai pas réalisé à quel point elle reflétait sa culture avant de venir ici. 
J’ai réalisé pendant mon séjour que si je restais en Arménie pour quelques mois, je parlerais couramment. Je ne parle pas l’arménien mais j’ai entendu la langue chez mes grand parents, pendant les vacances d’été. Je ne savais pas que cette langue était imprégnée en moi avant de venir ici. Je sens que si je restais ici pour un bout de temps, tout d’un coup, je commencerais à parler. C’est ce qui s’est passé quand j’avais dix ans : je ne parlais que l’anglais. Mais maman me parlais le français à la maison. Quand nous avons déménagé de l’Angleterre en France, je n’ai pas dit un seul mot en français pendant à peu près 3 mois. Puis tout à coup je me suis mise à parler, couramment. La langue était imprégnée en moi à travers maman. Et maintenant je réalise que l’arménien est imprégné en moi, à travers mes grands-parents.

Aussi, j’ai découvert plus profondément que je suis arménienne et que je suis aussi plus que ça. Quelqu’un m’a dit cette semaine que le génocide continue quand les arméniens se marient avec des non arméniens, comme mes parents. Je comprends, c’est vrai dans un sens. Alors que je pensais à cela, je me suis rappelée que quand l’Arménie a déclaré son adhérence au christianisme, en l’an 301 EC, ce geste a rassemblé bien des peuples divers, qui ensemble s’appellent arméniens.

Alors oui, le génocide continue dans un sens. Dans un autre sens, tout comme en l’an 301 EC, il se passe en moi une intégration de plusieurs peuples: je suis arménienne, française, anglaise et canadienne. La réalité est que je suis toutes ces choses.

Pour moi, ce n’est pas que le génocide continue. Pour moi, c’est la réalité d’aujourd’hui, 100 ans plus tard. Pour moi, c’est la vie, pas le génocide. C’est la vie de toutes ces nationalités, de l’humanité en moi, dans me cellules. Je suis, comme bien d’autres, en train de développer quelque chose de neuf. C’est, je crois, une intégration qui se passe à un niveau mondiale, où bien des peuples s’intègrent.

 
Blanche Shahbaglian, 2015

 

 

10/19/2015